Escalade dans le Dévoluy

Le massif du Dévoluy est un petit massif calcaire coincé entre Gap et Grenoble et assez facile d’accès, l’absence de topo guide récent a peut être contribué à conserver son coté sauvage et mystérieux.
Des belles marches d’approche, de hautes falaises, du rocher pas toujours très sain et des orientations souvent Nord confèrent de fait à chaque petite course ou projet un certain caractère.
C’est là-bas que René Desmaison a fait ses armes il y a une cinquantaine d’années en vue de projets sérieux dans les dolomites ou autres escalades rocheuses, et cela se comprend: les lieux sont sauvages, l’engagement y est souvent une constante et les possibilités de lignes difficiles sont énormes.

topo escalade terrain d'aventure dévoluy

♦ Nous attaquons le premier jour par Le Pilier Nord à la montagne de Faraud, ouverte en 1971 par Michel Tanner et Cie.
Une belle voie à l’itinéraire très classique, toujours au plus facile dans des lignes de dièdres et fissures. Le rocher est assez friable à la base et au sommet, mais très bon et rugueux dans les difficultés.
Le cadre est grandiose, ce n’est pas très soutenu finalement et l’escalade n’est jamais très difficile, il faut simplement savoir grimper et se protéger correctement, ce qui correspond à une voie TD/+. On trouve pas mal de pitons en place, on en rajoute quelques uns pour renforcer les relais et les quelques passages improtégeables sur coinceurs: pour info on a retapé la majorité des clous donc en principe c’est assez fiable.
L’approche et le retour sont en revanche assez pénibles dans des pierriers très raides et peu commodes.

topo escalade terrain d'aventure dévoluy

Un petit mot par longueur:     Topo détaillé

L1: 
du col, démarrer par l’unique rampe très facile en ascendance à gauche.
L2: traverser 10m à gauche puis franchir le boudin dans sa faiblesse, puis continuer en ascendance à gauche au plus évident pour gagner la fissure déversante.
L3: la remonter (passage d’A2 initial, prévoir de changer les ficellous des pitons en place si jamais) jusqu’à une marche confortable, superbe longueur.
L4: continuer par le système fissuré par une escalade athlétique et moussue jusqu’à des gradins.
L5: droit dessus puis poursuivre en chevauchant très délicatement le pilastre pourri jusqu’à la vire supérieure.
L6: traverser à gauche, puis remonter un dièdre puis des gradins jusqu’à un replat, gagner facilement la base d’un couloir à gauche.
L7: en sortir très vite à droite pour continuer en ascendance toujours à droite jusqu’au pied du très beau dièdre caractéristique.
L8: le remonter jusqu’au sommet, on atteint ensuite la crête en remontant une arête facilesur la gauche.

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♦ Nous enchaînons ensuite sur une autre voie dans un coin un peu plus reculé: la voie Charbonnier-Lissonier-Reymond à la Roche Courbe qui domine le très beau et désert Vallon de Charnier.
Grâce au bouquin de Sombardier, nous accédons au vallon par le canyon sec des Adroits, une très belle marche loin des foules qui nous permet d’atteindre en 1h30 à peine le pied de la face.

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Du bas ça en impose: le caillou semble très moyen, le pilier est effilé et raide, l’itinéraire est plus difficile à lire au premier abord, bref la voie ne semble pas si débonnaire.
Les ouvreurs Reymond et Charbonnier n’étaient pas des rigolos, et ça va très vite se vérifier dès la première longueur le ton est donné, le rocher est très friable et se laisse peu pitonner.
Les 4 premières longueurs sont en rocher très moyen, l’escalade est assez délicate et engagée, dans le haut on revient à des choses plus communes.
On ne peut pas dire que cela soit une escalade majeure, en revanche elle a le mérite d’avoir été ouverte et tracée dans une face calamiteuse et complexe, l’itinéraire est osé et rusé avec pas mal d’engagement puisqu’une retraite dès R3 serait problématique.
Nous avons laissé 3 lunules qui indiquent l’itinéraire, il y a 7 pitons en place et les relais dans le bas ne sont pas faciles à construire.

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Un petit mot par longueur:     Topo détaillé

L0: contourner par la droite un premier ressaut en remontant des gradins jusqu’à gagner le pied de la face proprement dite.
L1: traverser à gauche en direction du fil du pilier puis forcer la première dalle raide en rocher moyen, le relais se fait bien au fond du couloir de gauche sur lunules.
L2: par l’unique rampe au dessus, gagner à droite la profonde cheminée, la remonter jusqu’à une terrasse.
L3: traverser 10m à droite puis remonter une vague fissure oblique à droite, escalade athlétique très délicate se déroulant sur du rocher exécrable. En libre c’est dur mais en artif ça doit l’être encore plus.
L4: poursuivre à l’horizontale sur une grande longueur pour gagner des gradins à droite.
L5: remonter le mur en oblique à gauche, franchir un boudin puis gagner facilement un replat à gauche.
L6 / L7: remonter droit au dessus sur 2 petites longueurs de corde toujours au plus facile pour gagner le pied du ressaut terminal.
L8: on n’a pas bien saisi où les anciens étaient partis, nous avons forcé le mur jaune surplombant dans sa faiblesse à droite, d’abord en libre(6b/c) puis sur quelques mètres facilement en artif pour atteindre ensuite le sommet par des gradins raides, on a laissé une lunule qui permet de clipper un truc dans le libre.

topo escalade terrain d'aventure dévoluy

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Pour ces deux escalades, nous nous sommes référés à l’ouvrage des 100 Plus Belles de Patrick Cordier, nous tenons à éclaircir certains points concernant les descriptions qui y sont faites:
nous avons été très déçus de constater que l’auteur n’avait visiblement pas répété ces itinéraires au vue des approximations tant sur les accès et retours que sur les itinéraires à suivre, trop d’imprécisions et trop d’incohérences du point de vue des cotations, du tracé et de la qualité du rocher.
Nous ne parlons pas ici de quelques erreurs mais d’une cascade de GAG en descriptions.

Ce bouquin n’est donc pas à considérer comme un recueil exhaustif mais bien comme une sélection indicative et incomplète, et il fait bon de se méfier des quelques précieux conseils, anecdotes et avis de l’auteur sur certaines voies tant les approximations sont nombreuses.
Bref, il faut bien se rendre à l’évidence que la maladie qui pousse « bon nombre d’auteurs de topo à ne pas répéter les voies qu’ils décrivent » n’est pas nouvelle, et c’est bien dommage pour toute une génération de grimpeurs qu’est la notre de se retrouver finalement au bout qu’avec un ramassis d’informations totalement floues.

Voici quelques photos du trip Dévoluy